Marc Brys, le sĂ©lectionneur des Lions Indomptables du Cameroun, semble s’ĂȘtre fait une spĂ©cialitĂ© des dĂ©clarations maladroites et des provocations Ă  peine voilĂ©es envers sa tutelle, la Fecafoot, et son prĂ©sident emblĂ©matique, Samuel Eto’o. MalgrĂ© une qualification pour la CAN et des Ă©liminatoires de la Coupe du Monde entamĂ©s sans dĂ©faite, ses rĂ©centes sorties mĂ©diatiques rĂ©vĂšlent un homme toujours en quĂȘte de confrontation, refusant de tourner la page d’un conflit initial pourtant rĂ©solu publiquement.

Confidence d’Un contrat taillĂ© sur mesure
 ou taillĂ© dans la provocation ?

Dans une interview accordĂ©e au New York Times, Marc Brys a rĂ©vĂ©lĂ© avoir exigĂ© que Samuel Eto’o, prĂ©sident de la Fecafoot, soit banni des vestiaires de l’équipe nationale, une clause incluse dans son contrat. « C’est ma maison, la maison des joueurs », a-t-il martelĂ©, justifiant ce choix par un besoin de confidentialitĂ© et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Si cette dĂ©cision pourrait sembler lĂ©gitime dans un contexte purement sportif, elle apparaĂźt dans cette rĂ©vĂ©lation volontaire d’une des clauses de son contrat comme une attaque directe contre l’autoritĂ© du prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration, amplifiant des tensions dĂ©jĂ  bien Ă©tablies. En somme une clause qui lui a sĂ»rement Ă©tĂ© dictĂ©e et sur laquelle on a dĂ» lui tenir un langage bien prĂ©cis.

Cette rĂ©vĂ©lation plus que l’exigence de Brys  en elle-mĂȘme soulĂšve des questions. En tant que responsable du football camerounais, Samuel Eto’o a, depuis son Ă©lection, multipliĂ© les efforts pour redynamiser le sport national, non sans frictions. Mais ce choix unilatĂ©ral d’écarter le prĂ©sident des vestiaires – un espace souvent utilisĂ© par Eto’o pour motiver les joueurs – semble davantage rĂ©pondre Ă  une volontĂ© de marquer un territoire qu’à une rĂ©elle nĂ©cessitĂ© sportive.

Un leadership conflictuel déguisé en stoïcisme

Marc Brys ne cache pas son tempĂ©rament, qu’il attribue aux conseils de son pĂšre : « Ne recule pas, ne fuis pas. » Ce mantra, qu’il dit avoir suivi face Ă  Eto’o lors d’une rencontre houleuse, semble surtout reflĂ©ter une incapacitĂ© Ă  adopter une approche collaborative dans un environnement oĂč les egos sont naturellement exacerbĂ©s.

Bien que Brys dĂ©crive dĂ©sormais sa relation avec Eto’o comme « respectueuse », ses dĂ©clarations, loin d’ĂȘtre hasardeuses, mais certainement maladroites, montrent une volontĂ© latente de maintenir une distance, voire une mĂ©fiance. Une attitude qui pourrait saper l’esprit d’unitĂ© indispensable Ă  la rĂ©ussite d’une sĂ©lection nationale. Pire, cette posture laisse planer un doute sur sa comprĂ©hension des dynamiques culturelles et institutionnelles du football camerounais en particulier et africain en gĂ©nĂ©ral, oĂč les fĂ©dĂ©rations jouent un rĂŽle central, parfois au-delĂ  du terrain.

Des résultats suffisants pour justifier la suffisance?!

Sur le plan sportif, Brys peut prĂ©tendre Ă  un bilan Ă©clatant. Il a notamment dĂ©crochĂ© une qualification pour la CAN. Une qualification  attendue pour une Ă©quipe du calibre des Lions Indomptables. De mĂȘme, de belles performances en Ă©liminatoires de la Coupe du Monde bien que face Ă  des adversaires largement abordables.

Ses choix tactiques et sa gestion des joueurs, bien que parfois discutables, sont souvent Ă©clipsĂ©s par des problĂšmes d’organisation rĂ©currents : des absences d’entraĂźneurs de gardiens, des accrĂ©ditations manquantes ou encore des Ă©quipements inadĂ©quats. Si Brys se targue d’un calme hĂ©ritĂ© de ses annĂ©es dans la police, il n’a pas su Ă©viter ces dysfonctionnements qui, bien que souvent imputables Ă  la Fecafoot, devraient ĂȘtre mieux gĂ©rĂ©s par un sĂ©lectionneur expĂ©rimentĂ©.

Un double discours déconcertant

L’une des contradictions majeures dans les dĂ©clarations de Brys rĂ©side dans sa volontĂ© proclamĂ©e de se concentrer sur le travail, tout en multipliant des sorties mĂ©diatiques aussi dĂ©sastreuses les unes que les autres. Pour exemple, A la suite de la derniĂšre victoire des Lions indomptables, Marc Brys s’est confiĂ© aux journalistes dans un jeu de questions-rĂ©ponses. Le Belge n’a pas loupĂ© l’occasion pour allumer ses adjoints, « Il y a beaucoup de choses qui sont bloquĂ©es. Quand tu vois notre banc, qui est sur le banc ? Ils laissent un entraĂźneur avec la licence pro pour la 8e fois dans les tribunes. Mais quelqu’un qui a un diplĂŽme B, c’est-Ă -dire qu’il peut entraĂźner les jeunes, au banc de touche. Ce n’est pas facile ». Avec ce gebre de sortie, il envoie un message clair, il entend gouverner Ă  sa maniĂšre, quitte Ă  alimenter la discorde.

Cette posture, loin de renforcer son autoritĂ©, est un gage de son incapacitĂ© Ă  fĂ©dĂ©rer. Les joueurs peuvent certes apprĂ©cier son approche pragmatique et audacieuse sur le terrain, mais l’ambiance gĂ©nĂ©rale autour de l’équipe reste marquĂ©e par un climat de mĂ©fiance, entretenu en grande partie par ses propres dĂ©clarations.

Un avenir incertain

À l’approche de la CAN 2025, Marc Brys est attendu au tournant. Si ses provocations et ses sorties mĂ©diatiques semblent pour l’instant tolĂ©rĂ©es grĂące aux rĂ©sultats corrects, il suffirait de quelques contre-performances pour que le ton change. Et dans un environnement aussi passionnĂ© que le football camerounais, ses frictions avec Eto’o pourraient bien se retourner contre lui.

Brys semble vouloir s’imposer comme un homme fort face Ă  une figure dĂ©jĂ  omniprĂ©sente, une icĂŽne quon ne prĂ©sente plus et qui na plus rien Ă  prouver contrairement Ă  lui, sans se rendre compte que son rĂŽle est d’unir, et non de diviser. Une attitude qui, si elle perdure, pourrait coĂ»ter cher non seulement Ă  son poste, mais aussi Ă  la cohĂ©sion d’une Ă©quipe nationale en quĂȘte de rĂ©demption.

Sky Walker

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